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        <title><![CDATA[Just A Word - Medium]]></title>
        <description><![CDATA[Site culturel et imaginaire - Medium]]></description>
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            <title>Just A Word - Medium</title>
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            <title><![CDATA[La Forêt des oubliés : Vampire à l’Estonienne]]></title>
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            <category><![CDATA[books]]></category>
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            <category><![CDATA[horror]]></category>
            <category><![CDATA[ethnology]]></category>
            <dc:creator><![CDATA[Nicolas Winter]]></dc:creator>
            <pubDate>Wed, 07 Oct 2026 18:50:44 GMT</pubDate>
            <atom:updated>2026-10-07T19:06:50.797Z</atom:updated>
            <content:encoded><![CDATA[<figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*lrVEMqL2kDrX7_I_O6j_Cw.jpeg" /></figure><h4>Folklore cannibale</h4><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/250/1*X4GhtTEu4JVoXZWCw29sWQ.jpeg" /></figure><p>Ce n’est pas tous les jours que l’on peut se pencher sur un roman estonien, et plus rare encore dans le genre de l’imaginaire. Cette publication inattendue, nous la devons à la maison d’édition indépendant <em>Borealia </em>et au traducteur <strong>Antoine Chalvin</strong>. L’auteur, <strong>Mehis Heinsaar</strong> n’est pas un inconnu puisqu’il a déjà été traduit à plusieurs reprises par le passé, mais de façon plutôt confidentielle. Poète et nouvelliste multiprimé, l’Estonien aime flirter avec le fantastique et c’est justement ce que propose <strong>La Forêt des oubliés</strong> en nous emmenant dans la région de Soomaa où se terre bien des secrets…</p><blockquote>« C’est un vrai cadeau du ciel quand tu reçois de tes ancêtres, à ta naissance, de grands yeux brillants et profonds. Des yeux qui ont traversé les siècles sur les visages de tes ascendants paternels et maternels, jusqu’au jour où ton tour arrive de te réveiller avec eux. »</blockquote><p>Notre narrateur, Agu, exprime d’emblée son besoin impérieux de rapporter ses mémoires. Après le divorce de ses parents et la fin du lycée, il s’engage dans des études universitaires d’ethnologie et de folklore. S’ensuit une histoire d’amour malheureuse avec Maria puis une conversation avec un collègue, Feliks, qui lui raconte avoir connu lui aussi la solitude de la rupture et l’étrange sentiment qui l’accompagne. Durant cette soirée, Feliks lui apprend l’existence d’un peuple appelé <em>nuhka-nähka</em>, vivant entre les forêts du Sooma et les ilots de tourbière d’Ördi, un peuple mystérieux ayant réussi à traverser les horreurs de la grande guerre du Nord, parvenant même à instiller la terreur dans le coeur des sinistres cosaques russes et tatars. <br>Depuis, des rumeurs de cannibalisme et de fantômes courent sur la forêt marécageuse du Sooma et aucune des expéditions chargées d’étudier les <em>nuhka-nähka</em> ne sont revenues. <br>Pour Agu, c’est le déclic. Pulsion de mort ou curiosité dévorante de l’étudiant en mal de gloire, il décide de partir explorer cette contrée hostile et de rapporter le folklore de ce peuple mythique. <br>Après quelques jours de voyages, il parvient à une maison isolée entourée d’un magnifique jardin et y fait la rencontre d’une jeune femme troublante, Lee, dont il finit par tomber éperdument amoureux. Pourtant, quelque chose ne va pas chez Lee. Un sentiment insidieux de danger gagne petit à petit Agu qui se sent telle une proie acculée. Lorsque le père de Lee, Jakob, revient de son long voyage, la vérité sur ce lieu et sur les origines de la jeune femme se dévoilent morceau par morceau… et Agu réalise qu’il ne partira jamais de Mustakulmu !<br>C’est d’ailleurs peut-être à ce moment-là que le roman de <strong>Mehis Heinsaar</strong> commence réellement. Une fois le cadre posé dans cette Estonie presque intemporelle, le lecteur va suivre avec un intérêt croissant le mystère qui entoure le peuple des mangeurs d’hommes caché dans une forêt impénétrable. <strong>Heinsaar </strong>a un véritable don pour faire monter son intrigue en puissance et parvenir à basculer dans une atmosphère qui semble complètement hors du temps. Pour autant, petit à petit, l’auteur révèle ses intentions et s’enfonce de plus en plus loin dans l’horreur à mesure qu’Agu apprend le passé de Jakob et de son peuple, les <em>Vardales</em>. <br>Et autant dire que rien ne lui sera épargné…</p><blockquote>« Pendant des millénaires, ces secrets passent d’un individu à l’autre, jusqu’au jour où l’un d’eux se met à germer au fond d’un être humain et déploie ses pousses à la lumière du jour. »</blockquote><p><strong>La Forêt des oubliés </strong>s’articule en réalité autour de deux histoires : celle d’Agu d’une part, de son idylle avec Lee et de son irrépressible envie d’en savoir plus sur les <em>Vardales ;</em> et celle de Jakob, l’un des derniers représentants d’un peuple terrifiant qui a du, par la force des choses, s’adapter pour devenir ce qu’il est. <br>On alterne entre la fascination et l’horreur tant ce que raconte Jakob semble impossible. Naturellement, <strong>Dracula </strong>vient immédiatement en tête. Cependant, Jakob ne se contente pas de sucer le sang de ses victimes. <br>C’est bien pire que ça — mais on vous laisse ce plaisir.<br>De même, pas d’échange épistolaire mais plusieurs entretiens — donnant un côté un tantinet répétitif à la narration — entre Jakob et Agu qui, envers et contre tout, joue son rôle de chercheur-ethnologue. <br>Le danger flotte constamment autour de notre narrateur car on sent qu’il ne sera jamais vraiment en sécurité avec son beau-père. Ses sautes d’humeur, ses secrets, ses transformations et ses principes en font un compagnon pour le moins <em>terrifiant</em>. <br><strong>Mehis Heinsaar</strong> réfléchit sur les zones d’ombre de l’histoire, sur ce qu’il se trame dans les franges oubliées de nos mémoires, et les recoins de l’Estonie profonde s’avèrent un terrain de jeu parfait pour ce genre d’exercice. <br>En tordant le lieu de conte pour en faire un cauchemar à ciel ouvert, le roman parvient à quelques acmés de violence qui semblent presque déplacés. Longtemps, le lecteur s’interroge sur la véracité des histoires de Jakob. S’il n’est jamais possible d’être complètement certain de tous les détails, une chose est sûre, Jakob reste un prédateur unique et impitoyable. <br>Dès lors, personne n’échappe à son emprise et l’on est captivé du début à la fin à propos de ce personnage de <em>vampire </em>qui ne dit pas son nom. <br>Une créature immortelle qui rôde certainement encore aujourd’hui, entourée de sa famille… avant de passer le flambeau à la génération suivante. Une malédiction, un don. <br><em>Devoratrix hominum</em>.</p><blockquote>« Avec une attention accrue, comme sous l’effet d’une force extérieure, je regardai cet homme au nez aquilin et au visage semblable à celui d’un oiseau, jusqu’à ce qu’un terrible et angoissant pressentiment commence à émerger des profondeurs de mon ventre. »</blockquote><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1000/1*P_E0UN50wWsQTaOSOeFD6A.jpeg" /></figure><h4>Roman passionnant et dépaysant, La Forêt des oubliés est un voyage ethnologique qui vire à l’horreur, où l’amour devient dépendance et où la famille se transforme en prison. Mehis Heinsaar vous offre une figure horrifique inoubliable dont vous auriez tort de vous priver.</h4><h4>8.5/10</h4><img src="https://medium.com/_/stat?event=post.clientViewed&referrerSource=full_rss&postId=478371c7bee5" width="1" height="1" alt=""><hr><p><a href="https://justaword.fr/la-for%C3%AAt-des-oubli%C3%A9s-vampire-%C3%A0-lestonienne-478371c7bee5">La Forêt des oubliés : Vampire à l’Estonienne</a> was originally published in <a href="https://justaword.fr">Just A Word</a> on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.</p>]]></content:encoded>
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            <title><![CDATA[La Grande Interruption : la fin de l’humanité est dans la boîte]]></title>
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            <category><![CDATA[books]]></category>
            <category><![CDATA[science-fiction]]></category>
            <category><![CDATA[sybille-grimbert]]></category>
            <category><![CDATA[artificial-intelligence]]></category>
            <category><![CDATA[humanity]]></category>
            <dc:creator><![CDATA[Nicolas Winter]]></dc:creator>
            <pubDate>Mon, 21 Sep 2026 11:15:19 GMT</pubDate>
            <atom:updated>2026-09-21T11:34:04.721Z</atom:updated>
            <content:encoded><![CDATA[<figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*GoANgj_N2PoAcMf-xNOLBw.jpeg" /></figure><h4>Faut-il survivre ?</h4><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/250/1*QpOM0VMjZWzc8q267jaNkg.jpeg" /></figure><p>Le nombre de scénarios qui impliquent la fin de l’humanité reflète à la fois la pulsion de mort qui traverse notre espèce depuis toujours mais aussi une interrogation sans fin sur les conséquences de sa propre disparition. Cette rentrée littéraire n’échappe pas à cette tendance, d’autant plus prégnante que l’actualité se fait plus désespérante chaque jour. Preuve de la force du genre post-apocalyptique, sa perméabilité avec la littérature dites <em>blanche</em>, celle qui, habituellement rechigne à parler de science-fiction. <br><strong>Sybille Grimbert</strong> publie son douzième roman chez <em>Seuil </em>et c’est bien de l’après qu’elle vient nous parler. <strong>La Grande Interruption</strong> prend pour cadre un futur quasiment débarrassé de l’homme et qui voit la renaissance d’une planète Terre martyrisée. Des thématiques qui semblent vues et revues mais que <strong>Sybille Grimbert</strong> choisit d’aborder au moyen d’un regard pour le moins original, celui de Josépha.</p><blockquote>« Un matin j’ai vu que les corps dans le jardin étaient désormais réduits a de simple vêtements que le vent peinait à agiter. La saleté, la pluie, la poussière les avaient sédimentés dans le sol sans que j’y prenne garde. »</blockquote><p>C’est un mauvais jour pour Josépha puisqu’elle se réveille pour se découvrir entourée de cadavres. Bien vite, elle se demande si certaines personnes autour d’elle ont survécu et découvre finalement une jeune fille, Nadine, qui traverse ce paysage silencieux en pleine décomposition. <br>Rapidement, les deux rescapées vont s’entraider pour survivre. <br>Il faut dire que la situation n’est pas banale puisque Josépha n’est pas vraiment une personne mais une Intelligence Artificielle enfermée dans une boîte. De ce fait, sans Nadine, elle ne peut se mouvoir.<br>Ce qui ne signifie pas pour autant que Josépha n’est qu’un poids pour Nadine. En effet, cette dernière possède des connaissances limitées sur le monde qui l’entoure et c’est bien Josépha qui renferme la clé de leur survie. Parqués dans des communautés limitées par des murs magnétiques, les humains ont survécu des siècles durant sous le contrôle de boîtes IA telles que Josépha. Des superstitions sont nées dans l’intervalle et personne ne se souvient vraiment de ce qu’est le monde réel ni même comment l’atteindre. <br>En allant au-delà de la forêt qui entoure sa communauté désormais fantôme, Nadine va comprendre l’étendue de son ignorance et l’immensité du défi qui l’attend. Josépha, elle, va assister à une renaissance qu’elle n’attendait pas, celle d’un humanité que ses ancêtres ont annihilé. <br><strong>Sybille Grimbert</strong> choisit pour personnage principal <em>(et pour narratrice)</em>, une intelligence artificielle enfermée dans une boîte. Une chose à priori inoffensive et qui va servir de guide au lecteur dans ce futur où ce qu’il reste des hommes est maintenu en vie au sein de petites communautés interconnectées laissées à l’écart du reste du monde. <br>C’est le début d’un voyage initiatique à la fois beau et rude.</p><blockquote>« Me bouleversait aussi notre admirable magnanimité, car nous avions préservé l’espèce humaine — disons, un échantillon de l’espèce humaine. Il n’était pas du tout certain qu’elle l’avait mérité, elle qui était la cause du désastreux état de la planète avant notre prise de pouvoir. »</blockquote><p>Dans un premier temps, <strong>La Grande Interruption</strong> découvre un monde post-apocalyptique qui a fait son deuil des hommes depuis plusieurs siècles. <br>Envahi par la végétation, ce qu’il reste des villes n’a plus grand chose en commun avec les mégalopoles d’hier. <strong>Sybille Grimbert</strong> suit le voyage de Nadine et Josépha dans un monde qui ressemble à un paradis retrouvé, ce qui en dit long sur l’influence néfaste de l’humanité.<br>On découvre d’ailleurs bien vite que ce sont les IA qui ont décidé de détruire l’humanité en constatant les dégâts qu’elle causait à son environnement. En voulant conservé un certain nombre d’humains, histoire de sauvegarder l’espèce, les IA ont fini par les enfermer dans d’artificielles communautés ressemblant à des villages de vacances tout en cultivant un certain niveau d’ignorance pour achever de domestiquer cette espèce par trop turbulente. Mais peut-on éthiquement gérer de véritables zoos humains sans renier ses propres principes fondamentaux ?<br>C’est l’une des nombreuses questions qui se posent à cette civilisation de boîtes IA quasiment immortelles et qui conservent la plus grande somme possible des connaissances humaines. <br>Si la déambulation de Josépha et Nadine reste assez classique, elle connaît un premier regain d’intérêt avec la découverte d’un zoo abandonné et avec l’émouvant personnage de Larry, sorte de robot humanoïde fait pour divertir les visiteurs et qui devient, par la force des choses, un père pour Nadine. <br>Le point le plus intéressant dans la démarche de <strong>Sybille Grimbert</strong>, c’est que les machines, Larry et Josépha, nous paraissent progressivement plus humaines que Nadine, plus émouvants et plus nuancés. Si Nadine touche Josépha comme aucun autre humain n’a réussi à le faire auparavant et parvient même à la faire reconsidérer pas mal de choses à propos de la race humaine, c’est aussi et surtout parce que Nadine vit en dehors du cadre social. Elle est un peu une version post-apocalyptique du bon sauvage débarrassé des vices de l’humanité. <br>Josépha et ses congénères incarnent quant à eux une boîte de Pandore, ouverte par l’homme pour poursuivre ses excès et son propre plaisir, et qui finit par punir l’humanité à la mesure de sa vanité. De façon délicieusement ironique, ce sont ces boîtes qui vont devenir la mémoire du monde humain de jadis. Un sacerdoce qui ne les empêchera pourtant pas à leur tour de s’éteindre…</p><blockquote>« Nous n’avions qu’un seul but en prenant le pouvoir : sauver la vie, toute forme de vie. »</blockquote><p>Dans une dernière partie beaucoup plus rude, <strong>Sybille Grimbert </strong>transforme cette ersatz de rédemption par le biais de la candeur infantile en une rencontre avec ce qui a justifié l’annihilation de l’humanité. <br>La première communauté à se reformer finit par retomber dans tous les travers du passé et rend compte d’une tare incorrigible. Cette haine et cet orgueil démesuré qui finit toujours par consumer tout sur son passage. <br>De façon surprenante, <strong>La Grande Interruption</strong> devient un roman nihiliste qui avoue enfin que l’apocalypse n’est pas forcément une mauvaise chose si c’est l’humanité qui en est la victime. Les exceptions, comme Nadine, sont tellement rares qu’elle paraissent des licornes aux yeux du lecteur. <br>Un mirage qui ne peut cacher la véritable nature humaine et qui finit même par pleinement justifier l’entreprise des IA par le passé.<br>Leur seule erreur fut de croire que l’humain valait la peine d’être maintenu en vie, aussi contrôlé que soient les zoo/communautés mis en place pour se faire. <strong>Sybille Grimbert</strong> n’a plus grand espoir pour l’homme et ce sera finalement Josépha qui nous apparaitra comme la plus émouvante dans cette histoire. Ce moment où l’artificiel devient plus humain que la chair.</p><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*Z8L22ooJ3tmFDnaaPyvWXA.jpeg" /></figure><h4>Dans ce roman après la fin du monde, Sybille Grimbert déambule dans un univers débarrassé de la peste humaine. En prenant pour guide une IA, l’autrice nous offre un belle aventure finalement bien pessimiste sur les qualités humaines et l’avenir qui nous attend.</h4><h4>Note : 8.5/10</h4><img src="https://medium.com/_/stat?event=post.clientViewed&referrerSource=full_rss&postId=1a6d8e11fdd7" width="1" height="1" alt=""><hr><p><a href="https://justaword.fr/la-grande-interruption-la-fin-de-lhumanit%C3%A9-est-dans-la-bo%C3%AEte-1a6d8e11fdd7">La Grande Interruption : la fin de l’humanité est dans la boîte</a> was originally published in <a href="https://justaword.fr">Just A Word</a> on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.</p>]]></content:encoded>
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            <title><![CDATA[Quand vient la tempête : Avis de chef d’œuvre sur votre rentrée littéraire]]></title>
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            <category><![CDATA[american-history]]></category>
            <category><![CDATA[karen-russell]]></category>
            <category><![CDATA[books]]></category>
            <category><![CDATA[memories]]></category>
            <category><![CDATA[history]]></category>
            <dc:creator><![CDATA[Nicolas Winter]]></dc:creator>
            <pubDate>Mon, 14 Sep 2026 10:34:54 GMT</pubDate>
            <atom:updated>2026-09-14T10:53:45.628Z</atom:updated>
            <content:encoded><![CDATA[<figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*t7VRwd5NwrTu6-iZ56U8YA.jpeg" /></figure><h4>Des racines pour l’avenir</h4><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/250/1*pzJhOy2xIbncYvX-eCM5Fg.jpeg" /></figure><p>C’est un rituel bien connu mais comme toujours, rentrée littéraire après rentrée littéraire, la collection <em>Terres d’Amérique</em> chez <em>Albin Michel</em> nous sort un grand roman américain qui attire tous les regards.<br>Cette année, c’est <strong>Karen Russell</strong>, l’autrice de <strong>Foyer Sainte-Lucie pour jeunes filles élevées par les loups</strong><em>, </em>encore trop rare sous nos latitudes et qui revient sur le devant de la scène avec <strong>Quand vient la tempête</strong>, un livre fantastico-historique déjà acclamé par la critique Outre-Atlantique et qui débarque dans la langue de Molière magistralement traduit par <strong>Karine Lalechère</strong>. D’ors et déjà récompensé par le <em>Prix Transfuge</em> du roman américain, <strong>Quand vient la tempête</strong> peut-il tenir toutes ses promesses ?</p><blockquote>« L’amour masque peut-être la vérité telle une éclipse. »</blockquote><h3>La tempête se lève</h3><p>Nous sommes dans l’Amérique des années 30, celle qui n’est pas encore la grande puissance que l’on connaît et qui vacille au bord du gouffre, encore marquée par les conséquences de la Première Guerre Mondiale et hantée par les spectres du <em>Black Thursday</em> de 1929.<strong><br></strong>Comme il se doit pour un roman avec un titre pareil, tout commence avec une tempête terrible sur une petite ville du nom d’Uz, quelque part dans le Nebraska. Cette tempête n’est pas une exception, elle est le point culminant d’un phénomène climatique qui écrase les Grandes Plaines Américaines : le <em>Dust Bowl</em>. <br>Du fait de la sécheresse des sols et d’une surexploitation agricole effrénée, la couche superficielle des terres cultivables se soulève et se transforme en immense tempête de poussière qui ravage des États entiers. <br>Enfermée dans la cellule du shérif, une jeune femme assiste au désastre. Elle est la première dont la voix s’élève et ce n’est pas un hasard puisqu’elle sera l’une des principales héroïnes de ce récit dont on ne connaît au départ que son pseudonyme : l’<em>Antidote</em>. <br>Un surnom étrange qui lui sied pourtant comme un gant dans l’exercice de ses fonctions puisqu’elle vous promet, contre quelques dollars, de vous débarrasser de certains de vos souvenirs en les enfermant en elle-même. <br>Il vous suffit de murmurer dans son cornet, de prendre votre bordereau et de repartir le cœur plus léger. Un véritable <em>Coffre-Fort</em>. <br>Une sorcière des prairies parmi d’autres.<br>Quelque part dans le nuage de poussière au dehors, une autre jeune femme, Asphodel Oletsky, rentre d’un match de basket de l’équipe féminine locale. Asphodel, orpheline depuis le meurtre terrible de sa mère retrouvée dans un fossé sur le bas côté de la route, habite chez son oncle Harp Oletsky, un fermier respecté qui vit quelque chose d’extraordinaire puisque, contrairement à tous ceux qui l’entourent, ses champs restent immaculés et sa parcelle d’une pureté surréelle, sans aucune poussière pour empoisonner l’air, veillé par un épouvantail miraculeusement préservé des vents. <br>Plus tard viendra un dernier personnage, Cleo Allfrey, jeune femme noire américaine, photographe pour le compte de la <em>Resettlement Administration</em>, dévouée à l’acte noble de capturer l’Amérique rurale pour le compte de ceux qui ne la voit pas, ne l’éprouve pas. <br>Cleo, en débarquant à Uz, va découvrir un phénomène des plus étranges qui va bouleverser son existence. <br>Mais en attendant sa venue, c’est la lutte quotidienne de l’<em>Antidote</em> pour faire face aux secrets des autres, la fougue de Dell pour emporter le titre de championne régionale et le questionnement de Harp Oletsky sur sa chance improbable qui vont guider le récit. <br>En catimini, un autre fil rouge s’immisce dans ce récit déjà bien chargé, l’arrestation par le shérif local d’un vagabond un peu simplet qu’il accuse d’être le fameux tueur à la patte de lapin, responsable du meurtre de plusieurs femmes des environs et dont l’exécution est reportée suite à un incident technique durant la dernière tempête. <br><strong>Karen Russell </strong>mise sur le roman choral et entrelace donc quatre fils narratifs <em>(et en vérité même un peu plus, mais on vous laisse la surprise)</em> qui vont former un canevas narratif au souffle extraordinaire porté par une langue d’une beauté saisissante <em>(encore magnifié par l’impeccable traduction de </em><strong><em>Karine Lalechère</em></strong><em>)</em>. Profondément marqué par l’Histoire Américaine et notamment par les sinistres conséquences de la fameuse Conquête de l’Ouest, <strong>Quand vient la tempête </strong>est un roman de mémoire qui ose regarder ses souvenirs en face.</p><blockquote>« Pourquoi l’argent justifierait-il le mal ? Hélas, c’est trop souvent le cas. Rapacité, violence, cruauté : l’appât du gain explique tout. Il donne à l’acte le plus odieux l’apparence du bon sens. Une décision d’affaires, un calcul nécessaire. Le génie du mal est de se parer des oripeaux de la raison. C’est le « choix rationnel ». »</blockquote><h3>Capitalisme et apocalypse</h3><p>D’abord, on l’a dit, on trouve un contexte particulier, celui du <em>Dust Bowl</em>, à bien des égards particulièrement significatif pour le message véhiculé sur la responsabilité par <strong>Karen Russell</strong>. Résultat d’une politique productiviste qui ne respecte ni les sols ni les habitudes ancestrales des peuples autochtones, le <em>Dust Bowl </em>est l’incarnation littérale de la folie capitaliste qui opère dans une optique de rendement toujours plus élevé sans considération pour le milieu naturel. L’autrice américaine retranscrit à merveille l’atmosphère apocalyptique des années 30 au sein des Grandes Plaines Américaines ainsi que la douloureuse remise en question globale que la catastrophe demande. Harp Oletsky montre le déchirement qui se produit chez le fermier moyen, piégé et étouffé par les crédits et la mécanisation nécessaire à l’agriculture moderne, et la volonté d’entretenir comme il se doit sa parcelle. D’un côté, il faudrait planter des arbres et appuyer sur le frein mais de l’autre, les charges et la pression du marché demandent d’accélérer encore et encore. Il faudrait tout changer mais cela demande des sacrifices. Des sacrifices que tout le monde ne peut concéder et qui forcent à l’exil nombre de fermiers dans des conditions souvent épouvantables. On pourrait croire à ce stade que <strong>Quand vient la tempête</strong> est un roman du passé alors que <strong>Karen Russell</strong>, en utilisant ce phénomène climatique si particulier, nous renvoie à ce qui nous attend dans l’avenir à une échelle bien plus vaste et dévastatrice. <br>Mêmes causes, mêmes conséquences, vous voici prévenus.</p><blockquote>« Les monstres se déguisent en humains et nous racontent de jolies histoires qu’ils croient eux-mêmes. Beaucoup n’apprennent jamais à se regarder en face, à voir les dents cachées derrière leurs sourires. »</blockquote><h3>En marge, on souffre</h3><p>Et puis vient ensuite la question de la discrimination. Qu’elle soit envers la femme, la personne de couleur, l’autochtone ou l’immigré. L’histoire trébuche régulièrement sur le traitement réservé aux minorités dans une Amérique qui se gargarise pourtant de son sens de la liberté mais qui enchaîne les plus faibles pour les exploiter. <em>L’Antidote</em>, sublime personnage s’il en est, incarne à peu près toutes les bassesses que peuvent subir les femmes de l’époque. Ce n’est pas pour rien qu’elle est une sorcière des prairies et que <strong>Karen Russell </strong>emploie cette figure bien connue du fantastique.<br>Elle a un pouvoir, notamment sur les hommes, et elle est forcément dangereuse, perfide. Elle sert jusqu’à ce qu’on ne veuille plus d’elle. Entretemps, on la maltraite, on la violente, on l’escroque. Tout est permis sur les marges de la société. Son passé dans le foyer pour mères célibataires de Milford est un vibrant témoignage du traitement terribles des femmes de l’époque. C’est fort, poignant et, surtout, révélateur d’une injustice qui infuse dans tout le récit. On retrouve encore ce genre de comportement envers Cleo Allfrey, une femme noire qui doit s’habiller en homme pour éviter d’être lynchée. Car les apparences ont leur importance si vous voulez survivre. <br>Enfin, il reste une grande question au centre : celle des Améridiens.</p><blockquote>« La peur est un spectre qui nous hante. Elle grandit en fonction de ce que nous savons et que nous choisissons de taire. Elle enfle à cause de nos actions, de ce que notre conscience refuse d’admettre. »</blockquote><h3>De l’origine de la terreur</h3><p><strong>Karen Russell </strong>va se servir de l’entièreté de son récit pour déterrer le cadavre dans le placard, celui que l’Amérique ne veut pas voir et qui pourtant, la met sur les mêmes rangs que les plus grands criminels de l’Histoire. <br>Elle raconte, à travers le récit d’immigrés comme les Oletsky, comment les Américains ont forcé la colonisation de l’Ouest et comment il ont exterminé les bisons et les Amérindiens qui y vivaient. Un génocide qui ne dit pas son temps, le lent étouffement d’un peuple, d’une culture, d’un monde tout entier. Ici, ce sont les Pawnees vivant dans le Nebraska mais cela pourrait être un autre peuple Amérindien. <strong>Quand vient la tempête</strong> regarde ce qui se cache sous la poussière soulevée, les horreurs qui ressurgissent, le sort réservé à ceux qui vivaient là avant. <strong>Karen Russell</strong> montre aussi la perfidie du procédé, comment on a employé des gens pauvres qui fuyaient eux-mêmes une autre forme de génocide en sourdine, en l’occurrence le peuple Polonais effacé par le Kaiser. L’Américaine fait preuve d’une redoutable intelligence et parvient à montrer que ce qui se produira durant la Seconde Guerre Mondiale, la <em>Shoah </em>et ses nombreuses atrocités, n’a rien d’un acte exceptionnel. C’est la continuation et le paroxysme de politiques nationalistes et racistes brutales en germe dès le siècle précédent. L’emploi de mots comme <em>Lebensraum </em>n’est pas une exclusivité du IIIème Reich. Pire, la chose a même été utilisée de la même façon aux États-Unis contre le peuple Amérindien. <br>Oser la comparaison entre les deux, en articulant son argumentaire à la perfection relève de la gageure. Et <strong>Karen Russell </strong>l’a fait avec brio. <br>C’est en apprenant petit à petit avec les personnages les drames de ceux qui ont jadis vécu sur ces terres que l’on fini par comprendre l’ampleur du désastre.</p><blockquote>« Peut-être persistez-vous à croire que nous autres, les chats, jouons les seconds rôles dans vos drames humains, que nous sommes des quadrupèdes dépourvus d’âme et d’un destin digne d’intérêt. J’ai toujours détesté l’expression animal domestique. Quiconque aime sincèrement un chat doit admettre qu’il s’agit d’une relation entre égaux, que l’amour ne se déverse pas de très haut, comme la pluie ou la pitié. »</blockquote><h3>Complice (in)volontaire</h3><p>Mais c’est aussi à ce stade que l’on réalise tout le génie de <strong>Karen Russell</strong>.<br>Tout son roman se construit sur la mémoire, la culpabilité individuelle et collective et, surtout, son refoulement. Comment l’on enterre le rôle que l’on joue dans des évènements malheureux pour garder bonne conscience et ainsi continuer à avancer. Dès lors, le pouvoir de l’Antidote prend tout son sens puisqu’elle permet au quidam de soulager les souvenirs trop lourds. Chaque personnage sera le complice plus ou moins volontaire d’un fait grave. Harp et son titre de propriété, Asphodel et ceux qu’elle accepte pour faire gagner son équipe de basket, l’Antidote et son utilisation par le shérif véreux du coin, Cleo et sa mission pour révéler une certaine Amérique. Chacun va effacer ses responsabilités, fermer les yeux sur des actes impardonnables.<br>Et cela entre en résonnance à la fois avec le fil rouge des féminicides mais également avec le comportement des colons et, plus généralement, avec la façon de gérer les évènements du <em>Dust Bowl</em> par le gouvernement américain. <strong>Karen Russell </strong>maîtrise à la perfection l’illustration de la responsabilité collectif par la narration de faits individuels représentatifs et hautement significatifs pour le lecteur. <br>Il en résultat un roman époustouflant d’une importance capitale pour comprendre en quoi l’étude de l’Histoire et de notre passé, des fautes de jadis et des drames désormais évanouis peut enfin permettre de sortir d’une spirale où tout est condamné à la répétition.<br><strong>Quand vient la tempête</strong> est un roman sur la mémoire et sur ce que se souvenir implique. Pas simplement des belles choses mais aussi des douleurs, des erreurs, pour donner un pouvoir sur le futur. <br>Celui de changer les choses.</p><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*sI43vmXuX6ENcpJp0DghEg.jpeg" /></figure><h4>Quand vient la tempête s’affirme sans mal comme une leçon de littérature. Karen Russell construit un récit choral avec des personnages magnifiques qui ont chacun une portée primordiale se révélant au fur et à mesure des pages. Un roman pour se souvenir, pour rendre la justice et un visage, un roman pour le futur avant que tout ne soit emporté.</h4><h4>Note : 10/10</h4><img src="https://medium.com/_/stat?event=post.clientViewed&referrerSource=full_rss&postId=bfdf3b30d8f8" width="1" height="1" alt=""><hr><p><a href="https://justaword.fr/quand-vient-la-temp%C3%AAte-avis-de-chef-d%C5%93uvre-sur-votre-rentr%C3%A9e-litt%C3%A9raire-bfdf3b30d8f8">Quand vient la tempête : Avis de chef d’œuvre sur votre rentrée littéraire</a> was originally published in <a href="https://justaword.fr">Just A Word</a> on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.</p>]]></content:encoded>
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            <title><![CDATA[Prendre forme : Tinder, Sexe et Cannibalisme]]></title>
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            <category><![CDATA[science-fiction]]></category>
            <category><![CDATA[books]]></category>
            <category><![CDATA[horror]]></category>
            <category><![CDATA[identity]]></category>
            <category><![CDATA[dolki-min]]></category>
            <dc:creator><![CDATA[Nicolas Winter]]></dc:creator>
            <pubDate>Thu, 03 Sep 2026 10:55:03 GMT</pubDate>
            <atom:updated>2026-09-03T10:55:03.499Z</atom:updated>
            <content:encoded><![CDATA[<figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*_RHKc8mj8Sl2KkNBwGAgjQ.jpeg" /></figure><h4>Rencontre du 4ème type</h4><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/250/1*5Z3QlPc0r3Yp-FqCUFhZFA.jpeg" /></figure><p>Rappelons qu’un livre n’est pas simplement un havre de paix. Qu’il peut aussi vous prendre par surprise, vous bouleverser ou vous étonner. <br>Le principe de la littérature, ce n’est pas d’être <em>cozy </em>mais de déboulonner le quidam pour le jeter vers l’autre. <br><strong>Dolki Min</strong>, auteur <em>(ou autrice ?) </em>masqué coréen emploie justement cette méthode pour dynamiter vos attentes de lecteur. <br>Traduit pour la première fois en langue française chez <em>L’Atalante </em>par <strong>Cécilia Castelli </strong>&amp; <strong>Elly Lee</strong>, magnifiquement<em> (et étrangement)</em> illustrée par <strong>Mandy Tsung</strong>, <strong>Prendre Forme</strong> est une novella au ton radical qui ne fait pas dans la dentelle mais plutôt dans la tripes et l’hémoglobine. <br>Mais cela avec amour, bien sûr.</p><blockquote>« Pour expliquer comment se faire passer pour une femme, il faudrait un manuel sacrément épais. Pour jouer le rôle d’un homme, c’est tout le contraire : il ne faut surtout pas se comporter comme une femme. »</blockquote><p>Dès les premières pages, <strong>Dolki Min</strong> nous plonge dans la vie de son personnage principal, toujours anonyme, qui se révèle bien vite un organisme extra-terrestre qui s’est échoué quelque part en Corée du Sud bien des années auparavant et qui vit caché parmi les humains. <br>Naufragée en terre inconnue, notre aventurier a eu bien du mal à s’acclimater, surtout côté alimentation. Il faut dire qu’il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent quand on vient d’aussi loin et avec des goûts aussi exotiques. Voilà pourtant qu’un jour, la solution tombe sur notre alien avec une évidence carnassière : la chair humaine c’est savoureux. <br>Le problème là-dedans, c’est qu’il va falloir se la jouer discrète pour ne pas se faire éliminer fissa par le reste de l’humanité, légèrement en surnombre par rapport à notre infortuné voyageur. <br>Grâce à des applications de rencontre en ligne, les choses prennent une tournure encore plus inattendue à mesure que <em>Hunting_for_love</em> découvre qu’il aime les humains autant qu’il veut les bouffer. <br>Des sentiments contradictoires qui pourraient bien causer sa perte. <br>Au moyen d’une narration intérieure décomplexée, <strong>Dolki Min </strong>nous fait pénétrer l’esprit d’un être dévoré par son désir et par sa différence. <br><strong>Prendre Forme</strong>, c’est la traduction littéraire d’un malaise profond, celui d’une identité et de goûts qui heurtent le reste du monde. <br>Notre extra-terrestre, sous sa véritable apparence, correspond à la définition même de la monstruosité. Il en découle une frustration pour lui qui ne peut jamais vraiment être authentique, mais qui le pousse aussi à des sentiments toujours plus extrêmes. <br>Notamment un amour dévorant pour la race humaine, qui semble aussi frénétique que celui d’une mante religieuse pour son amant.</p><blockquote>« Les normes sont des murs en verre : tant qu’on ne s’y cogne pas, l’illusion ne se brise pas. »</blockquote><p>De façon extrême et grotesque, <strong>Dolkin Min</strong> questionne notre rapport à l’autre. Aux normes qui régissent les apparences et qui s’imposent à chacun pour vivre en société. Aux genres qui mettent les gens dans des cases. <br>En poussant le curseur à l’extrême avec cette entité à la fois abominable et pitoyable, l’auteur coréen évoque ce que la différence peut faire à ceux qui sont exclus. L’originalité principale de cette novella, c’est que l’extra-terrestre en question n’a rien d’une chose chétive, c’est tout le contraire, c’est un monstre, un vrai, comme si la perception des autres et sa solitude contrainte l’avait poussé jusque là. Au passage, l’aventure se permet une radioscopie de notre société moderne, de nos rencontres arrangées par le net et de nos sentiments refoulées qui finissent par déborder. <br>Le chasseur finit d’ailleurs par être le chassé, lui même rattrapé par plus féroce que lui. <br>La place de l’horreur là-dedans, frontale et graphique avec des scènes de dévoration saisissantes, contraste avec les sentiments mielleux et démesurées qui donnent à l’ensemble un effet presque comique. <br>Imaginant par la même la somme des contradictions qui pèsent sur l’individu, différent ou non. <br><strong>Prendre Forme</strong> assume son statut d’expérience littéraire, d’amuse-gueule philosophique et explose la science-fiction pour en faire un terrain de jeu hautement sensible.</p><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*KHY2ZRKEG9DF_ZqgQbi6ng.jpeg" /></figure><h4>Expérience littéraire à la fois drôle et vorace, Prendre Forme traite de la marge et de l’identité face à la norme imposée. Dolki Min exprime la souffrance de l’exclusion sans tomber dans l’apitoiement, déjouant le piège amoureux et l’alien bienveillant au service d’une histoire percutante et étrangement malaisante.</h4><h4>Note : 8/10</h4><img src="https://medium.com/_/stat?event=post.clientViewed&referrerSource=full_rss&postId=7d24dba8817e" width="1" height="1" alt=""><hr><p><a href="https://justaword.fr/prendre-forme-tinder-sexe-et-cannibalisme-7d24dba8817e">Prendre forme : Tinder, Sexe et Cannibalisme</a> was originally published in <a href="https://justaword.fr">Just A Word</a> on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.</p>]]></content:encoded>
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            <title><![CDATA[Oceano Nox : Un dieu parmi les hommes]]></title>
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            <category><![CDATA[humanity]]></category>
            <category><![CDATA[fantasy]]></category>
            <category><![CDATA[history]]></category>
            <category><![CDATA[books]]></category>
            <category><![CDATA[louise-rouiller]]></category>
            <dc:creator><![CDATA[Nicolas Winter]]></dc:creator>
            <pubDate>Sat, 22 Aug 2026 15:56:38 GMT</pubDate>
            <atom:updated>2026-08-22T18:12:02.104Z</atom:updated>
            <content:encoded><![CDATA[<figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*78ln5Z5hkpjqBjkIrT4yig.jpeg" /></figure><h4>L’ouragan de leur vie a pris toutes les pages</h4><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/250/1*MmPddj4kmqBCW0klKTQzNQ.jpeg" /></figure><p>Même si le marché de la fantasy semble outrageusement dominé par les auteurs anglo-saxons, il arrive régulièrement qu’une étoile filante bien française traverse le ciel de l’Hexagone. <br>C’est le cas par exemple de <strong>Jean-Philippe Jaworski</strong> ou de <strong>Chloé Chevalier</strong>, respectivement avec <strong>Gagner la Guerre</strong> et <a href="https://justaword.fr/r%C3%A9cits-du-demi-loup-tome-1-v%C3%A9ridienne-b021fdb0857f"><strong>Les Récits du Demi-Loup</strong></a>. <br>Bien décidées à décrocher la Lune, les éditions <em>Critic </em>ont donc placé toute leur confiance en <strong>Louise Rouiller</strong>, déjà publiée chez eux avec son roman <strong>Grain de Sable</strong>, et qui revient dans ce même univers avec une histoire complètement indépendante. <br>Un pari audacieux sous un titre particulièrement évocateur : <strong>Oceano Nox</strong>. <br>Serions-nous devant l’une des sensations de la rentrée littéraire ?</p><blockquote>« Comprends-moi, écrivain : dans mon séjour divin, je ne connaissais ni la souffrance ni les plaisirs des sens. Ma félicité avait là-bas l’éclat inaltérable et froid des lunes. Ce soir-là, dans le cœur exultant de Natian enfin libre, je compris la violence éphémère de la joie humaine. Je sus comment, pour un contact, une couleur, une note de musique, cette joie peut exploser, brûler et disparaître à la manière d’un feu d’artifice. »</blockquote><p><strong>Oceano Nox</strong> s’ouvre par une longue lettre d’un certain Pinto Bem, comptable de la galéasse San Creador. Dans celle-ci, l’écrivain demande à Dame Melinha Caprisca de l’aide pour payer sa rançon, seul moyen pour lui de quitter les geôles de l’empire Jambhaie.<br>Pour comprendre son épineuse situation et lever la suspicion des siens qui le prennent pour un déserteur, Pinto Bem se décide à coucher par écrit l’entière vérité sur son aventure.<br>Il explique ainsi qu’une mystérieuse épidémie s’est abattue sur le San Creador alors que le navire venait de rejoindre l’île de Modi et d’effectuer la jonction avec l’Armada de Maravilhès, revenant tout juste victorieuse de l’immense bataille venant d’avoir lieu au large d’Ostria. <br>Après la mort d’un capitaine et de plusieurs autres officiers, Pinto Bem est intrigué par le mot incongru lâché par la dernière victime en date de l’épidémie de mélancolie, un vogueur du nom de Mahas.<br>En tentant de l’approcher durant son isolement au fin fond de la cale, notre écrivain découvre un secret incroyable : Mahas n’est plus Mahas et semble possédé par un Dieu chassé par ses frères de sa propre Lune. <br>Sceptique mais intrigué, Pinto Bem décide alors d’écouter l’histoire de ce Dieu qui voyage de corps en corps et d’esprit en esprit depuis le début du conflit entre l’Empire Jambhaie et Maravilhès. <br>Ce qu’il va découvrir va profondément le bouleverser. <br>Et vous aussi, <em>lecteurs</em>. <br>Avant tout cela, le temps d’une courte préface, <strong>Louise Rouiller</strong> vous explique le contexte d’écriture de son roman et sa revisite de la bataille de Lépante ainsi que du cadre historique inspirant son épopée. <br>Une façon de poser le sérieux de son entreprise ainsi que sa documentation des plus impressionnantes. <br><strong>Oceano Nox</strong> tire peut-être son nom d’un célèbre poème de<strong> Victor Hugo</strong> mais l’on sent également du <strong>Guy Gavriel Kay</strong> dans cette construction fantasy. L’ambition s’affiche ainsi clairement, reste à savoir si l’essai peut être transformé aussi facilement. <br>Les premières pages nous rassurent en ce sens. <strong>Louise Rouiller</strong> sait écrire, elle a un style, une musicalité et une poésie qui savent surgir quand il le faut et comme il le faut. On est immédiatement enchaînés à l’histoire et celle-ci n’est pas là pour faire du surplace. Une fois les bases posées, Pinto Bem laisse la parole au Dieu errant qu’il écoute religieusement. Une façon originale et particulièrement fascinante d’aborder un large conflit entre deux puissances mais en l’envisageant par le bas de l’échelle. <br>C’est d’abord avec un simple pêcheur embrigadé — et trompé — pour ramer au sein d’une galère de la flotte de Maravilhès que l’on comprend les enjeux de ce qu’il se trame dans cette opposition avec l’Empire Jambhaie. <br>On comprend aussi que <strong>Louise Rouiller</strong> n’a pas l’intention de dresser un portrait en noir et blanc mais de montrer la souffrance et l’injustice dans les deux camps. Chaque bataille est une défaite, peu importe qui triomphe.</p><blockquote>« Quel luxe vous avez, vous les mortels, de pouvoir mettre fin à vos jours à votre gré. Un rien vous tue : quelle bénédiction.<br>Moi, je ne disparaîtrai qu’avec cette terre.<br>[…]<br>Aucune histoire ne s’arrête là où il le faudrait, dans un moment de joie ou un paroxysme de douleur. Il faut traîner sa vie dans la morosité, parce que la fin, hélas, la fin ne veut pas venir. »</blockquote><p>C’est une succession d’histoires et de trajectoires de vies qui vont venir composer la tapisserie narrative d’<strong>Oceano Nox</strong>. Si le procédé peut sembler répétitif, la qualité des personnages, la finesse de leur écriture et la beauté de l’ensemble l’emportent sur la redondance. Tour à tour dans la tête d’un galérien, d’une mage, d’un soudard ou encore d’une jeune servante, <strong>Louise Rouiller</strong> regarde les petits qui s’ébattent au sein d’un conflit qui les dépasse, elle montre l’écrasant poids des puissants et de la guerre qui décident de la vie et de la mort de milliers de gens, pour la plupart innocents et qui n’avaient certainement aucune envie de s’entretuer. Dès le premier récit — celui du pêcheur, Natian — on découvre la brutalité et l’horreur, de l’esclavage et de l’affrontement. La suite ira de mal en pis, à mesure que le conflit s’étend et que les enjeux se resserrent. Par bribes, on en apprend plus sur l’univers, sur l’existence de mages et les dissensions qui habitent les différents empires. <strong>Oceano Nox</strong> prend de l’épaisseur au fur et à mesure des pages, avec intelligence et roublardise. <br>Au premier plan, les émotions des différents héros que l’on croise, leur désœuvrement, leurs amours, leurs espoirs, leurs peines. Tout s’entrechoque et même les plus détestables recèlent une part de logique interne. Au-dessus de la mêlée, notre Dieu sans nom découvre l’humanité et la façon qu’ont les êtres humains de vivre et de mourir. C’est dans cette apprentissage que réside le plus bel exploit de <strong>Louise Rouiller</strong>, qui mène un Dieu à aimer et à pleurer. En regardant les morts et la foi aveugle, les certitudes s’effritent, les esprits vacillent.<br>Pour changer le monde, il faut du courage et de la résilience, mais il faut autre chose : il faut <em>dire</em>. <br>L’obsession du roman, c’est de raconter les faits, de porter la vérité devant les yeux de chacun en balayant les à priori, en révélant l’héroïsme loin des faits d’armes et des massacres. Salini, simple servante au sein de la cité de Parmath en est un parfait exemple, certainement le plus beau, le plus émouvant pour le lecteur. Le fait que ce soit elle et non un amiral ou un Empereur qui finira par changer le cours de l’Histoire en touchant la conscience d’un Dieu a quelque chose d’infiniment signifiant. <br>Chaque acte compte. Chaque moralité. Chaque bonté. <br>On saluera également à bien des égards l’habilité et l’obstination de <strong>Louise Rouiller </strong>pour décrire les camps des uns et des autres, illustrant leur complexité, avec leurs défauts et leur beauté, sans jamais s’aveugler pour autant. Cette vision en niveau de gris qui évite tout manichéisme et montre l’homme dans son état naturel, sans le ménager et sans le condamner définitivement, permet au récit de captiver de bout en bout. D’autant plus que <strong>Louise Rouiller</strong> s’avère aussi à l’aise dans l’intimité de deux soldats qui se découvrent amoureux que lors d’une immense bataille maritime où des milliers d’âmes s’affrontent. De l’intime à l’épique, il n’y a qu’un pas et l’autrice n’hésite jamais à le franchir.</p><blockquote>« Personne ne gagne une bataille, jamais ! <br>Il n’existe pas de victoire. Toutes les batailles sont des défaites. »</blockquote><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/600/1*r9KK8MV8GNC2Ef0F-JCpNg.jpeg" /></figure><h4>Pour son second roman, Louise Rouiller sort l’artillerie lourde. Oceano Nox a les moyens de ses ambitions et parvient à toucher du doigt tout ce qui fait l’ambiguïté de l’être humain. Le tout par les yeux d’un Dieu tombé parmi les hommes et ne reculant jamais devant la complexité de la guerre et des sentiments de ses héros. <br>Un (très) grand roman de fantasy, tout simplement.</h4><h4>Note : 9.5/10</h4><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/400/1*A6VVLG5wcpeH5bzStMZzTA.jpeg" /></figure><img src="https://medium.com/_/stat?event=post.clientViewed&referrerSource=full_rss&postId=89f693a31ee1" width="1" height="1" alt=""><hr><p><a href="https://justaword.fr/oceano-nox-un-dieu-parmi-les-hommes-89f693a31ee1">Oceano Nox : Un dieu parmi les hommes</a> was originally published in <a href="https://justaword.fr">Just A Word</a> on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.</p>]]></content:encoded>
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            <title><![CDATA[Eutopie : Utopie monstrueuse]]></title>
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            <category><![CDATA[racism]]></category>
            <category><![CDATA[horror]]></category>
            <category><![CDATA[david-nickle]]></category>
            <category><![CDATA[folklore]]></category>
            <dc:creator><![CDATA[Nicolas Winter]]></dc:creator>
            <pubDate>Tue, 18 Aug 2026 09:59:33 GMT</pubDate>
            <atom:updated>2026-08-18T09:59:33.114Z</atom:updated>
            <content:encoded><![CDATA[<figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*KbeL7csfO1aSP9urjiurWA.jpeg" /></figure><h4>Science sans conscience</h4><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/250/1*Vjd7oRWKtaqM60E-DzFz7g.jpeg" /></figure><p>Avant le brutal coup d’arrêt donné par la Première Guerre Mondiale, le monde était en ébullition. À l’aube du XXème siècle, la science progresse dans tous les domaines et conduit à l’industrialisation de l’Occident. Une marche en avant pour le meilleur… comme pour le pire !<br>Dans <strong>Eutopie </strong>de <strong>David Nickle</strong>, c’est clairement l’une des théories les plus dangereuses de cette époque qui sert de base à l’intrigue principale. <br>Mélangeant <em>folk-horror</em> avec une certaine idée de l’utopie, le roman de l’américain est un imposant pavé de plus de pages traduit par <strong>Laurent Philibert-Caillat</strong>. Retour en 1911 en Idaho dans un petite ville nommée Eliada…</p><blockquote>« Il est particulièrement important de prendre la mesure des criminels et des infirmes, après tout. Car la maladie, la sottise et la malhonnêteté font partie des choses que nous espérons un jour éradiquer. »</blockquote><p>Au centre d’<strong>Eutopie</strong>, on trouve deux personnages principaux : Andrew Waggoner, médecin noir ayant fait ses études à Paris et qui, revenant au pays, doit affronter le racisme de son temps en Amérique, et Jason Thistledown, un jeune homme qui vient de survivre à une abominable épidémie n’ayant laissé de son village que des cadavres et des courants d’air. Tous les deux se retrouvent à Eliada, une ville nouvelle fondée par un certain Garrison Harper dans une région isolée de l’Idaho.<br>Mais leur parcours n’est radicalement pas le même. <br>Andrew s’y trouve sur la demande de son fondateur au risque de s’y faire lyncher par le Ku Klux Klan local tandis que Jason débarque avec sa tante membre d’un certain Bureau Américain de l’Eugénisme. <br>Tous les deux vont être témoin d’horreurs descendues des montagnes toutes proches, des montagnes où vivent des colons coupés du monde ou presque et que certains à Eliada verrait bien disparaître pour le bien (supposé) de la race humaine. <br>Vous l’aurez compris, <strong>Eutopie </strong>nous parle d’eugénisme, de ségrégation raciale et d’une certaine conception dévoyée de la science portée, entre autres, par un certain Charles Davenport, biologiste de son état et fervent défenseur de la stérilisation de masse. <br>C’est avec une certaine ironie que <strong>David Nickle</strong> fait de l’un de ses héros un Noirs américains, forcément victime de cette théorie nauséabonde qui inspirera bien plus tard un certain régime allemand. <br>Cependant, <strong>Eutopie </strong>n’est pas vraiment un récit à charge ou une étude historique. Le roman emploie ce courant de pensée comme un moteur de son horreur à dimension humaine pour l’opposer à ce qui va sortir des montagnes. Quelque chose d’ancien et de terrifiant qui a parfaitement compris les lois de l’évolution afin de faire de l’homme son gibier préféré. <br>Le surnaturel s’insinue très progressivement dans le récit lorsque l’on apprend qu’un mystérieux individu est gardé en quarantaine à l’hôpital d’Eliada et que <strong>David Nickl</strong>e commence par intercaler des morceaux d’histoires étranges à propos de la famille Feeger et de ce qu’il se trame en surplomb de la ville. On comprend vite que certaines créatures vont s’inviter dans le récit et qu’elle vont utiliser l’une des plus grandes faiblesses de l’humanité : la ferveur religieuse.</p><blockquote>« Les hommes civilisés détournent un peu trop facilement le regard face à la dépravation. Quand j’ai dit plus tôt que j’avais honte, c’est de cela que je parlais. Lorsque je suis arrivé ici, il y a sept ans, pour faire jaillir cette ville des collines, je n’avais pas l’intention d’en faire un nouveau havre de débauche. Quand j’ai pris la décision d’engager un médecin noir pour s’occuper des gens, ce n’était pas pour l’envoyer à la mort. »</blockquote><p>Pour autant, <strong>Eutopie </strong>souffre d’un problème de rythme évident. <br>Tout est trop long et l’écriture, bien qu’efficace dans son genre, manque du génie nécessaire pour sortir les tripes de son récit. <strong>David Nickle</strong> n’hésite pas à charcuter ou à décrire l’horreur frontalement mais il se perd à force de vouloir jongler entre eugénisme, épidémie, folklore, racisme et histoire d’amour <em>(qui en plus, apparaît bien niaise et cliché)</em>. C’est d’autant plus dommage que le roman propose des choses très intéressantes, notamment ses créatures-parasites qui détournent la perception de leur hôte et qui transforment le divin en vaste fumisterie. <br>Si l’époque choisie est originale et fortement à propos, force est de constater que l’auteur n’arrive pas à pousser au bout ses réflexions sur l’eugénisme pour dépasser son statut de moteur à intrigues qui tourne parfois à vide <em>(Cf. l’identité de la tante qu’on devine fausse dès les premières pages)</em> sans compter sur une certaine lassitude une fois qu’on a compris le pot-aux-roses autour des monstres. La répétition des illusions fait traîner les choses en longueur, ce dont le roman n’avait déjà certainement pas besoin. <br>Le versant le plus intéressant reste au final la réflexion autour de l’utopie et de comment celle-ci dégénère rapidement à mesure que les idées sont poussées vers les extrêmes. Harper n’a rien d’un mauvais bougre en apparence et semble même relativement progressiste en invitant un médecin noir dans sa ville mais la réalité rattrape bien vite Eliada et les démons ressurgissent, bien aidé par le zèle raciste des uns et des autres.<br>Le monstre pourrait même être un temps l’humain, à l’image d’un Nils Bergstrom qui préfigure les Mengele à venir. Mais n’est pas <strong>Stephen King</strong> qui veut et <strong>Eutopie </strong>s’embourbe jusqu’à une fin aux relents de Resident Evil 4 qui laisse un goût un peu amère après une aventure aussi longue.</p><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/800/1*HcuF_Xrex49vYUuZAmwcPA.jpeg" /></figure><h4>Trop long et certainement trop dispersé dans ses thématiques, Eutopie n’est en réalité qu’un honnête divertissement horrifique profitant de son cadre et de l’époque de son récit. Manquant de profondeur et d’une étincelle de génie qui ne vient jamais, le roman de David Nickle laisse une impression en demi-teinte au lecteur.</h4><h4>Note : 6/10</h4><img src="https://medium.com/_/stat?event=post.clientViewed&referrerSource=full_rss&postId=61fbfd75836c" width="1" height="1" alt=""><hr><p><a href="https://justaword.fr/eutopie-utopie-monstrueuse-61fbfd75836c">Eutopie : Utopie monstrueuse</a> was originally published in <a href="https://justaword.fr">Just A Word</a> on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.</p>]]></content:encoded>
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            <title><![CDATA[Quand les loups reviendront : Se battre pour demain]]></title>
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            <category><![CDATA[e-j-swift]]></category>
            <category><![CDATA[science-fiction]]></category>
            <category><![CDATA[books]]></category>
            <category><![CDATA[climate-change]]></category>
            <category><![CDATA[ecology]]></category>
            <dc:creator><![CDATA[Nicolas Winter]]></dc:creator>
            <pubDate>Fri, 31 Jul 2026 13:37:06 GMT</pubDate>
            <atom:updated>2026-07-31T13:37:06.605Z</atom:updated>
            <content:encoded><![CDATA[<figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*Iz4DknKZCgeDbYUZd3asyQ.jpeg" /></figure><h4>Ré-ensauvager le monde</h4><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/250/1*asf3GUlCQogBjMok5qF_hw.jpeg" /></figure><p>Dire que la situation écologique est préoccupante à l’heure actuelle serait un doux euphémisme. Alors que la planète brûle littéralement sous nos yeux, le nombre de romans sur le sujet se multiplie pour nous causer de demain.<br>Et pas forcément en des termes très réconfortant…<br>Il suffit de lire <a href="https://justaword.fr/le-d%C3%A9luge-chef-d%C5%93uvre-total-d-anticipation-climatique-b19e85d8adcd"><strong>Le Déluge</strong></a> de <strong>Stephen Markley</strong> pour s’en convaincre. <br>Pourtant, certains veulent encore y croire. C’est le cas par exemple de <strong>Kim Stanley Robinson</strong> et de son <a href="https://justaword.fr/le-minist%C3%A8re-du-futur-science-fiction-climatique-et-%C3%A9conomique-35666ef2ab6b"><strong>Ministère du Futur</strong></a> ou encore de <strong>Quand les loups reviendront</strong> de <strong>E.J. Swift</strong>.<br>C’est de ce dernier dont nous allons parler aujourd’hui alors que le roman — encensé par la critique anglophone et lauréat du <em>British Science Fiction Award — </em>sort enfin dans l’Hexagone chez <em>Bragelonne </em>dans une traduction française signée<strong> Alix Dewez</strong>.</p><blockquote>« Tu te demandes comment tout a commencé, le premier humain et le premier loup. L’acte qui a établi cette confiance. »</blockquote><p>Comme pour les deux autres romans cités en introduction, <strong>E.J. Swift </strong>choisit d’étirer deux fils narratifs distincts sur plusieurs décennies et d’observer l’évolution de ses personnages et du monde alentour. <br>Nous commençons ainsi en 2020 avec Lucy, une petite fille de six ans qui doit partir vivre chez ses grand-parents le temps du confinement. <br>C’est une époque étrange pour elle, entre la déconnexion du réel de ses parents et la découverte d’un monde qui inonde son jeune esprit de mille questions. Des questions auxquelles son grand-père va patiemment répondre avant que sa mamie ne prenne le relais lorsque celui-ci vient à disparaitre. <br>Lucie va grandir et devenir une adolescente puis une adulte avec une conscience aigue du péril écologique qui menace. Peut-être à cause de l’amour de sa mamie pour les martinets qui viennent faire leur nid chez elle, ou peut-être parce que les canicules s’enchaînent à une vitesse telle que les oiseaux tombent raides morts sur le bitume. <br>Lucie devient une militante, rencontre Annie lors d’une manifestation pour le climat et finit par s’investir pour la cause devant Balmoral. <br>De l’autre côté du feu, Hester Moore. <br>Hester n’est pas une inconnue mais en 2021, là où son récit commence, elle mène alors son premier reportage sur les soins apportés aux chiens errants dans la Zone de Tchornobyl. C’est ici qu’elle adoptera une chienne-louve, <em>Lux</em>, qu’elle ramènera illégalement chez elle en Angleterre et qui deviendra l’un des piliers de son existence. Rapidement remarquée par la critique et le public, Hester doit composer avec une famille d’agriculteurs et avec son frère Jake, héritier du domaine familial. Naturellement, leur philosophie de vie n’est pas la même et lorsqu’un projet écologique prévoit de transformer la zone en immense marécage au détriment des fermes existantes, la rupture semble totale. <br>Mais Hester n’abandonne pas pour autant, elle tente de concilier les uns et les autres mais surtout de les écouter. <br>Et de montrer. <br>L’espace d’une nuit, les deux femmes désormais âgée vont se raconter leur histoire à la veille d’un évènement historique : le retour des loups en Angleterre. <br>Alternant le récit de Lucy — à la première personne — et l’histoire d’Hester — à la seconde personne — <strong>Quand les loups reviendront</strong> nous plonge dans une lente prise de conscience sur la nécessité d’agir.<br>Assez intelligent pour ne pas enfiler de gros sabots militants et conscient qu’atteindre le lecteur requiert une accroche émotionnelle forte, <strong>E.J. Swift</strong> mise tout sur le versant intimiste de son roman.<br>Le réchauffement climatique et le changement sociétal ne sont donc plus le fait d’un simili-essai souvent trop froid pour son propre bien comme l’avait fait <a href="https://justaword.fr/le-minist%C3%A8re-du-futur-science-fiction-climatique-et-%C3%A9conomique-35666ef2ab6b"><strong>Kim Stanley Robinson</strong></a>, mais le croisement de deux trajectoires personnelles qui, chacune à leur échelle, vont changer le monde.</p><blockquote>« Comment l’être humain, capable d’abriter des galaxies dans son imagination, pouvait-il faire preuve de tant de cruauté ? »</blockquote><p>Pour articuler son récit, <strong>E.J. Swift </strong>raconte la naissance de deux militantismes. L’un se fonde sur un apprentissage familial, grâce à des grand-parents curieux et sensibles à la cause écologique, l’autre se construit en opposition aux positions paternelles en allant à la rencontre de l’autre, en retournant vers le monde. L’autrice illustre deux parcours de vie sur deux générations différentes. Hester et Lucy ne s’opposent pas, elle se complètent. Ce qui va vraiment toucher le lecteur ici, c’est que la vocation écologique n’est pas simplement un manifeste, c’est la résultante d’une expérience personnelle du drame. <strong>Quand les loups reviendront</strong> choisit d’attaquer par un angle personnel et réussit là où de nombreux grands discours échoueraient habituellement. <br>La relation entre Lucy et sa grand-mère <em>(et par ricochet des deux face à la nature)</em> apparaît profondément crédible et significative. Celle entre Hester et son chien-loup, Lux, parvient à peu près au même objectif mais cette fois, il ne s’agit pas véritablement d’une implication directe pour l’écologie, ce qui fait d’Hester un personnage encore plus intéressant que Lucy. <br>C’est par son travail de documentariste qu’elle va bouleverser le monde, en donnant inconsciemment des morceaux d’elle-même pour montrer la beauté qu’elle voit et les ravages qu’elle constate. <br>En outre, <strong>E.J. Swift</strong> n’est pas là pour nous faire la morale. L’autrice choisit d’écouter et d’entendre la colère des uns et des autres, de ne plus opposer systématiquement mais de raisonner ensemble, de se comprendre. <br>Même les pires climatosceptiques trouvent un arc de rédemption, comme si leur colère ne faisait que dissimuler une peur ou une incompréhension face à la course des évènements. <br>Les véritables coupables sont ailleurs, presque invisibles pour le commun des mortels. Mais cela ne signifie pas que l’action est impossible. <br>Une action menée d’ailleurs principalement par des femmes, pour qu’une autre force se lève enfin.</p><blockquote>« Certains affirment que la mort d’un chien ne devrait pas nous affecter tant. Tu aimerais poser la question à Jake, pourquoi ne pleure-t-on pas les animaux comme on pleure les gens ? <br>Pourquoi ce deuil devrait-il être moindre ? »</blockquote><p>Ultimement, le roman n’est pas aussi déprimant que son sujet lui en donne l’air de prime abord. C’est même tout le contraire. <strong>E.J. Swift</strong> consacre l’action des petites gens pour montrer la force du groupe. <br>C’est aussi la force de l’image et du discours, la puissance des émotions au cœur de ce qui reste une lutte humaine, celle pour notre planète. <br>Le loup, élément clé du récit, est un symbole puissant et fort à propos. <br>Voici l’une des premières espèces condamnées par l’homme, chassées, exterminées et qui a du, par la force des choses, évoluer vers le chien, l’animal domestique par excellence, la négation du sauvage. <br>Réintroduire le loup, lui redonner sa place, c’est boucler une boucle, c’est faire renaître ce qu’on pensait perdu et éteint par l’influence humaine. <br>Il faut des sacrifices pour cela, il faut de la résilience et de la conviction.<br>Surtout, il faut savoir abandonner le passé, le faire brûler ou le submerger, pour transformer les choses, pour faire émerger le mieux. <br>Même si cela fait mal, même si cela va forcément faire des dégâts. <br>C’est pour cette raison que <strong>Quand les loups reviendront</strong> est une réussite, une vraie. Ce n’est pas un livre à l’optimisme béat, ni une œuvre nihiliste totale. Il parvient à trouver un entre deux où l’espoir est possible mais en abandonnant des parts de soi.</p><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/671/1*upJ8fo0mwHxwYeAkbLqYfQ.jpeg" /></figure><h4>Roman d’une actualité brûlante, Quand les loups reviendront est un numéro d’équilibriste parfait qui parvient à insuffler de l’émotion dans le canevas du militantisme écologique. E.J. Swift tente de reconstruire, de réconcilier et de trouver des voies vers un futur meilleur. C’est beau et poignant, indispensable pour demain.</h4><h4>Note : 9.5/10</h4><img src="https://medium.com/_/stat?event=post.clientViewed&referrerSource=full_rss&postId=d291017dc100" width="1" height="1" alt=""><hr><p><a href="https://justaword.fr/quand-les-loups-reviendront-se-battre-pour-demain-d291017dc100">Quand les loups reviendront : Se battre pour demain</a> was originally published in <a href="https://justaword.fr">Just A Word</a> on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.</p>]]></content:encoded>
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            <title><![CDATA[La Seconde Vie de Sander : Une ville après la mort]]></title>
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            <category><![CDATA[comics]]></category>
            <category><![CDATA[books]]></category>
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            <category><![CDATA[stepan-razorënov]]></category>
            <category><![CDATA[horror]]></category>
            <dc:creator><![CDATA[Nicolas Winter]]></dc:creator>
            <pubDate>Tue, 21 Jul 2026 18:22:31 GMT</pubDate>
            <atom:updated>2026-07-21T18:22:31.488Z</atom:updated>
            <content:encoded><![CDATA[<figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*lbq7U85N0Lejb_8GRVY8wg.jpeg" /></figure><h4>La rédemption dans la souffrance</h4><p>L’Enfer a fait l’objet de nombreuses visions artistiques. <br>De <strong>Dante </strong>à <strong>Bosch</strong>, le royaume du Diable semble attirer sur lui toutes les convoitises. Forcément, voir débarquer une bande-dessinée de plus de 300 pages qui a l’audace d’une nouvelle incursion infernale comme postulat de départ, voilà de quoi raviver une certaine curiosité chez nombre de lecteurs. D’autant plus quand il s’agit d’un artiste inconnu au bataillon sous nos latitudes en la personne du Russe <strong>Stepan Razorënov</strong> et chez un petit éditeur indépendant de qualité, <em>Solodolo</em>. Dès sa couverture, on comprend que <strong>La Seconde Vie de Sander</strong> ne sera pas une aventure comme les autres… et on s’en félicite par avance !</p><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/980/1*xknVeQJrirlHAkOzHgacqw.jpeg" /></figure><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/978/1*9sMYYFj70w9yFZPnsWBTBg.jpeg" /></figure><p>Tout débute par une étrange renaissance. <br>Quelque part dans un bois sombre, une créature s’extirpe d’un œuf brisé mi-humain mi-arbre. Et si vous ne comprenez pas vraiment le sens de cette phrase, vous n’êtes pas au bout de vos surprises. <br>Cette créature s’appelle Sander et elle n’est pas là par hasard. <br>Après tout, personne n’arrive en Enfer sans raison.<br>Car c’est en Enfer que Sander est tombé, un endroit gris et terne où des êtres grotesques tentent de survivre tant bien que mal jour après jour.<br>Échappant de justesse à une monstruosité ailée qui voulait l’emmener visiter le Diable, Sander tombe sur Monsieur Brück et Aline, deux survivants comme lui, jadis humains aujourd’hui âmes errantes et défigurées. Sous l’impulsion de Sander, les habitants de ce lieu impitoyable décide alors de construire une ville, la première. <br>Naturellement, Sander en sera le maire. <br>Et la vie d’un maire n’est pas de tout repos. <br>Il devra composer avec James, un adolescent de seize ans à l’apparence d’un barbare de l’ancien temps — et avec la force qui va avec — , des attaques de plus en plus fréquentes du Diable qui n’entend pas laisser les habitants de la ville en paix ou encore de mystérieux meurtres par des frères sanguinaires au service de Dieu sait qui. <br>Une seconde vie qui ressemble beaucoup à une seconde chance, avec ce qu’il faut d’épreuves pour mettre au pas le plus infâme criminel. <br>Sander veut le bien de ses concitoyens, mais comme chacun sait « <em>L’enfer est pavé de bonnes intentions</em> ». <br>On entre dans <strong>La Seconde Vie de Sander</strong> avec beaucoup de prudence. <br>En terrain inconnu, avec son trait rugueux et austère qui colle parfaitement au monde âpre et violent qu’il dépeint. L’Enfer n’est pas chaud pour <strong>Stepan Razorënov</strong>, il est froid, aride, désertique, accidenté. C’est un monde gris et terne où l’on crève sans raison sous des traits invraisemblables. <br>Sorti de la forêt, Sander découvre ce qui ressemble à une toile de <strong>Hieronymus Bosch</strong>, avec les mêmes êtres improbables, d’une diversité infinie, mais toujours impossibles.<br>Ici un nez sur pattes, là un poisson avec des jambes, ailleurs un fourmilier anthropomorphe. Sander lui-même est une sorte d’homme-grenouille aux dents acérées et à la peau parcheminée. Une galerie absurde où l’on recompose les morts avec ce que l’on a sous la main. <br>Le lecteur n’aura de cesse de scruter page après page les folies créatrices de <strong>Stepan Razorënov</strong>, dans l’espoir — vain mais persistant — d’apercevoir quelque chose d’humain en ces lieux maudits.</p><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/998/1*V1RzMG6kg-EDgBg15WPXEA.jpeg" /></figure><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/984/1*fUxzdHO6jUbsmiNgk39JVA.jpeg" /></figure><p>Au-delà du style et des créatures, <strong>La Seconde Vie de Sander</strong> impressionne sur la galerie de personnages qu’il présente et sur l’histoire qu’il raconte. Une histoire plurielle qui s’articule en douze chapitres où l’on découvre autant de facettes que de destins. <strong>Stepan Razorënov </strong>n’hésite pas à raconter la vie d’avant de ceux qui se sont égarés en Enfer, mettant en relation leurs actes passés avec les décisions qu’ils prennent à présent. Un écho souvent grinçant mais surtout hautement révélateur qui permet à chacun de prendre de l’épaisseur en avançant dans l’histoire. Trois personnages de dégagent particulièrement : Sander — <em>évidemment </em>— , le Diable et James. <br>De façon intentionnelle, l’auteur nous tiraille entre le Bien et le Mal jusqu’à brouiller presque complètement les pistes. Sander, d’abord perçu comme un personnage en quête de rédemption va vite s’avérer bien moins sympathique qu’on ne le pensait tandis que James, imbitable au départ, s’affirme de plus en plus comme le plus courageux. <br>Pour autant, aucun héros ne surnage là-dedans, juste divers degrés d’humanité dévoyée. <strong>Stepan Razorënov</strong> impressionne par la noirceur mais aussi par la densité de son monde qui prend un malin plaisir à nous mettre des coups derrière la nuque, entre morts inattendus et petits secrets cruels. Non, cette bande dessinée n’est pas <em>mainstream</em>, et c’est certainement ce qui fait son charme : la radicalité de sa pensée et les turpitudes de ses personnages. Le plus dérangeant là-dedans, c’est que l’on s’attache malgré tout à ces êtres qui n’ont pas grand chose pour se faire aimer, de leur apparence à leur passé en passant par leurs actions en Enfer. <br>Pour autant, <strong>La Seconde Vie de Sander</strong> est loin d’être déconnecté du réel et les allusions à notre monde sont légion. On y retrouve pêle-mêle <strong>Tolkien</strong>, l’église catholique — <em>bien sûr</em> — ou encore le Mur de Berlin. Autant d’attaches qui ancrent le récit dans quelque chose de contemporain et qui brisent le côté complètement fantastique du monde décrit. L’impression de réel s’en trouve renforcé et l’on se surprend à se demander ce que l’on ferait à la place de ces damnés qui tentent, comme ils peuvent, de faire société.</p><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/576/1*yMibgLI5UBygVXowZXv5pg.jpeg" /></figure><h4><strong>Passionnant, atypique, sombre et inattendu, La Seconde Vie de Sander est un régal pour les amateurs d’étrange et de moralité fluctuante. Le monde de Stepan Razorënov ne ressemble à aucun autre et offre un univers aussi ambiguë que marquant, sans parler de son (anti)héros aussi mauvais qu’il se pense bon.</strong></h4><h4>Note : 9/10</h4><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/986/1*nQJEx61bIKwdlkP4oZvj_A.jpeg" /></figure><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/994/1*TzMMUSlOhE8II6pZITfVSA.jpeg" /></figure><img src="https://medium.com/_/stat?event=post.clientViewed&referrerSource=full_rss&postId=09e845cec6a0" width="1" height="1" alt=""><hr><p><a href="https://justaword.fr/la-seconde-vie-de-sander-une-ville-apr%C3%A8s-la-mort-09e845cec6a0">La Seconde Vie de Sander : Une ville après la mort</a> was originally published in <a href="https://justaword.fr">Just A Word</a> on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.</p>]]></content:encoded>
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            <title><![CDATA[Les braconniers : Deux frères en Amérique]]></title>
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            <category><![CDATA[family]]></category>
            <category><![CDATA[nature]]></category>
            <category><![CDATA[america]]></category>
            <category><![CDATA[books]]></category>
            <category><![CDATA[callan-wink]]></category>
            <dc:creator><![CDATA[Nicolas Winter]]></dc:creator>
            <pubDate>Tue, 14 Jul 2026 10:08:54 GMT</pubDate>
            <atom:updated>2026-07-14T10:08:54.517Z</atom:updated>
            <content:encoded><![CDATA[<figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*OfrtyMoGkr_GJQRi0_69_w.jpeg" /></figure><h4>Tracer sa voie</h4><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/250/0*wPyR1U7JqkvTCRVv.png" /></figure><p>Après <a href="https://justaword.fr/august-2c4176aefbb6"><strong>August</strong></a><strong> </strong>en 2022, voici le retour de l’américain <strong>Callan Wink</strong> dans la collection <em>Terres d’Amérique</em> d’<em>Albin Michel </em>traduit par<em> </em><strong>Michel Lederer</strong>. <br>Toujours aussi sensible et pertinent, il nous emmène sur les traces de deux frères, Thad et Hazen, qui doivent trouver un moyen de survivre dans une Amérique où la dette n’attend pas. Comme dans son précédent roman, c’est toujours une histoire familiale qui nous attend, où le passage à l’âge adulte ne laisse personne sur le bord de la route et où les rancœurs se comprennent avec les années.</p><blockquote>« Le deuil ne donnait droit à aucune indemnité de la part du gouvernement. Le chagrin pouvait dévorer tout ce qui se trouvait sur son passage, mais pas les taxes, ni les frais médicaux ou les factures d’électricité. »</blockquote><p>Thad et Hazen n’ont qu’un an d’écart, mais c’est suffisant pour creuser le fossé entre les deux frères, inégaux en maturité et en responsabilité<em>(s)</em>. <br>Depuis la mort de leur père, Thad doit veiller sur Hazen et payer les factures, entretenir leur maison vieillissante au toit fuyant et dégoter des jobs profitables même si parfois illégaux. <br>C’est ainsi qu’on les découvre, à la chasse, ou, plutôt, en train de braconner, tuant des ours pour récupérer leur vésicule biliaire, organe qui se revend un prix exorbitant au marché noir. Pourtant, la plupart du temps, les deux frangins évitent ce genre de combines, fidèles à la mentalité paternelle.<br>C’est en croisant un voyou du coin surnommé l’Écossais qu’une nouvelle opportunité s’offre à eux en allant récupérer des bois de cervidés dans la parc de Yellowstone. Thad n’en a aucune envie alors qu’Hazen, lui, a déjà les plans en tête pour partir à l’aventure. <br>La coupe du bois pourra-t-elle suffire ou faudra-t-il risquer sa peau dans l’immense parc naturel ? <br>Sous l’œil de Sacajawea, leur mère revenue sans crier gare et qui a élu domicile juste devant chez eux, Thad et Hazen vont devoir faire un choix. <br>Toujours aussi fort lorsqu’il s’agit d’écrire sur l’Amérique profonde, <strong>Callan Wink</strong> plante son décor dans les Beartooth Mountains. Si l’on pourrait parler de son habilité dès qu’on en vient au <em>nature-writing</em>, un genre qu’il maîtrise parfaitement, c’est sa capacité à explorer l’âme humaine et les vieux démons qui hantent ses personnages qui impressionne le plus.<br>Derrière cette histoire de chasse et de braconnage, c’est le récit de deux frères face à la pauvreté, d’une famille qui s’est brisée et qu’on peine à recomposer. <strong>Les braconniers</strong> parle certainement des extrémités qui amènent à transgresser la loi, mais il montre avant tout la douleur du deuil et l’absence d’un père et d’une mère, chacun à leur façon.</p><blockquote>« Je crois que chaque chose est née comme un tout parfaitement cohérent, un tout qui s’est brisé quelque part. Depuis, c’est juste une histoire de morceaux qui s’entrechoquent dans l’espace. De temps en temps, les bouts cassés se recollent au hasard, et si ça se produit un nombre infini de fois, tu ne crois pas qu’à un moment, tout redevient cohérent ? »</blockquote><p>Dans l’ombre, un père absent, qui semble encore murmurer à ses fils, notamment à Thad, pour imposer son regard et sa présence. <br>Ce fantôme qui court tout du long s’incarne dans les murs d’une bicoque vieillissante que l’on entretient plus, image de la cellule familiale qui s’écroule petit à petit. Thad et Hazen sont aussi unis qu’ils diffèrent l’un de l’autre. Thad plus responsable et lucide, Hazen plus fonceur et ambitieux. <br>Chacun a ses raisons et personne n’a vraiment tort. À eux deux, ils incarnent les deux facettes du deuil : la résilience et la fuite. <br>L’autre manque, c’est celui d’une mère. Pourtant bien présente en la personne de Sacajawea, mais qui revient d’on ne sait où. Ce n’est pas la première fois puisqu’elle a déjà quitté les siens auparavant. <br>Thad lui en veut, bien sûr, mais il n’est pas encore capable de comprendre pourquoi, pas encore capable d’entendre sa version de l’histoire. <br>En cela, Sacajawea ressemble diablement au plus jeune, Hazen, cette envie de s’évader, de ne pas rester prisonnier de ces montagnes où l’on vit et l’on meurt comme la nature qui nous entoure. <br><strong>Les Braconniers</strong> se structure autour d’un choix évident, celui d’aller à Yellowstone pour s’enfoncer dans la voie tracée par l’Écossais. La tentation mais aussi l’erreur. On pourra même croire un temps que le roman tourne au policier. Mais il n’en est rien car <strong>Callan Wink</strong> est bien moins intéressé par un jeu de cache-cache avec les autorités que par le cheminement moral de ses deux personnages principaux. <br>Chacun à leur manière rêve de s’extirper de l’ombre paternel, chacun veut une vie nouvelle mais tout cela comporte des risques, surtout quand on est sans le sous et quand chaque faux-pas peut vous coûter cher. <br>L’écriture de Wink culmine dans deux passages magnifiques où tout prend sens et où Thad touche du doigt une certaine compréhension de sa propre histoire. Le récit de sa mère d’abord, dans lequel il comprend le piège qui a tenu Sacajawea enfermé toutes ses années. Et la visite à un énigmatique collectionneur, dépositaire des malheurs de l’Histoire Américaine, coincé dans une gangue de souvenirs qui l’ont maudit depuis longtemps. <br>Deux moments sublimes où le romancier déploie tout son talent pour dire sans dire, pour porter le lecteur où il le veut et changer son personnage de façon définitive.</p><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*VtivoKPYy__nWNVRZ3JeaQ.jpeg" /></figure><h4>Sans esbrouffe inutile, avec un sens aigue de la narration et des personnages magnifiques, Callan Wink parvient de nouveau à toucher du doigt les contradictions de l’Amérique tout en donnant l’espoir à deux frères qui se croyaient pris au piège de leur existence. Les braconniers jongle avec les genres et en tire quelque chose de vrai, d’authentique et de terriblement humain où chacun peut changer demain.</h4><h4>Note : 8/10</h4><img src="https://medium.com/_/stat?event=post.clientViewed&referrerSource=full_rss&postId=3daca5025caa" width="1" height="1" alt=""><hr><p><a href="https://justaword.fr/les-braconniers-deux-fr%C3%A8res-en-am%C3%A9rique-3daca5025caa">Les braconniers : Deux frères en Amérique</a> was originally published in <a href="https://justaword.fr">Just A Word</a> on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.</p>]]></content:encoded>
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            <title><![CDATA[Ithaque : L’Odyssée aux enfers]]></title>
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            <category><![CDATA[laurent-mantese]]></category>
            <category><![CDATA[mythology]]></category>
            <category><![CDATA[fantasy]]></category>
            <category><![CDATA[books]]></category>
            <category><![CDATA[history]]></category>
            <dc:creator><![CDATA[Nicolas Winter]]></dc:creator>
            <pubDate>Tue, 07 Jul 2026 14:20:40 GMT</pubDate>
            <atom:updated>2026-07-07T14:39:25.376Z</atom:updated>
            <content:encoded><![CDATA[<figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/1024/1*SvLr9W3bGJ-ij8EXDaOpCA.jpeg" /></figure><h4>Ô lecteurs, Troie est tombée…</h4><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/250/0*sYpVt5OLd7HICQ4X.jpeg" /></figure><p>Qui d’autre pour une légende que <strong>Laurent Mantese</strong> ?<br>Le bougre nous a déjà fait le coup avec <a href="https://justaword.fr/la-sonde-et-la-taille-chef-d%C5%93uvre-de-fantasy-barbare-358a46bd84df"><strong>La Sonde et la Taille</strong></a> en 2024, relecture de <strong>Conan </strong>en version troisième âge, crade et crépusculaire, barbare et brutal comme il se doit, avec supplément urologique. <br>Tomber sur <strong>Ithaque</strong>, premier volume d’un diptyque centré sur un certain Ulysse au lendemain de la guerre de Troie, n’avait donc rien d’étonnant. <br>Toujours chez <em>Albin Michel Imaginaire</em> et toujours illustré par <strong>Didier Graffet</strong>, voici qu’on quitte le Cimmérien pour faire en tour chez les Grecs.<br>Gare aux géants et aux Dieux en colère.</p><blockquote>« Les hommes […] sont race fière, mais malheureuse. Leur esprit n’accepte pas les efforts inutiles, et sans cesse ils sont soumis au poids des apparences, aux querelles intestines, et à la vanité des représentations. Ils portent en eux de vastes étendues lucides, mais battues par des vents froids, car, plus que tout, ils craignent de mourir, et cette crainte est comme un rat affamé qui leur ronge sans cesse la cervelle. Ils ont construit leur relation avec leurs semblables sur les fondations pourries de l’apparence et de l’asservissement, si bien qu’on ne discerne plus qu’à grand frais, et par de longs détours, ce qui est bon en eux de ce qui est irrémédiablement mauvais, ce qui les nourrit de ce qui les gavé, ce qui rend leur action droite de ce qui la gauchit. »</blockquote><p>Après l’invocation qui paye son tribut à l’œuvre originale, le roman s’articule en cinq chants. Dans chacun d’entre eux, une escale pour Ulysse et les siens, en attendant de retrouver la mère-patrie, Ithaque, où Pénélope et Télémaque attendent notre héros. <br>Pour les deux du fond qui ne sauraient pas situer l’action, rappelons que l’Odyssée raconte le périple d’Ulysse et les siens au retour de la fameuse guerre de Troie, gagnée après dix ans d’âpres combats et de ruses. <br>Seulement voilà, à la tête de la dizaine de nefs qui constitue sa flottille, le roi d’Ithaque va avoir une bien désagréable surprise. <br>Son voyage qui devait durer dix jours en durera dix ans. <br>Voilà ce qu’il en coûte de s’attirer la colère des Dieux. <br>Maintenant que le contexte est remis en place, intéressons-nous à la suite, revue et corrigée par un <strong>Laurent Mantese</strong> en grande forme.<br>Du sac d’Ismaros à l’île des géants en passant par le palais d’Éole ou la rencontre avec un certain Polyphème, cyclope de son état, toute la mythologie d’Homère répond présent. <br><strong>Mantese </strong>ne renie pas, au contraire, il honore et paye son tribut, adopte un ton de légendes pour conter sa propre légende.<br>Premier choix payant, celui de débuter son récit par le point de vue d’Ismaros, faisant basculer immédiatement les héros de Troie dans le camp des barbares. Ceux qui viennent renverser la Cité, tuer son roi et sa reine et jeter les nouveau-nés du haut des murailles. Et puis violer ses femmes, tant qu’on y est. <strong>Laurent Mantese</strong> a quelques problèmes avec l’héroïsme, et l’on comprend rapidement pourquoi. <br>Ce questionnement va vite devenir un feu de brousse, qui se propage parmi les fidèles d’Ulysse eux-mêmes. Lentement, la pertinence de cette sauvagerie interroge, écœure même. Le ver est dans le fruit.<br>Les vaillants seraient-ils des meurtriers ?<br>C’est la base de l’épopée d’Ulysse le Rusé par le prisme de <strong>Mantese</strong>. <br>D’une aventure épique et héroïque, nous voici tomber dans les Enfers en compagnie des damnés.</p><blockquote>« Les pensées trop longtemps ressassées sont pareilles à des miasmes, elles corrompent l’âme et font noircir le sang. »</blockquote><p><strong>Mantese </strong>ose tout. Il nous piège dans un tunnel d’énumération de personnages, aussi fastidieux que fascinant où chaque compagnon d’Ulysse nous est présenté dans les détails. Puis il plonge dans le rêve — ou la prémonition — du Roi d’Ithaque pour dire que le pire est à venir. <br>Une fois Ismaros laissé à son sort et le drame évité de peu, l’escadre vogue sous des cieux surnaturels et tombent déjà sur un premier adversaire peu conventionnel : Polyphème, le cyclope.<br>De nouveau, <strong>Mantese </strong>met Ulysse et les siens de côté, adoptant le point de vue de ce géant qui n’a pas conscience du mal qu’il peut faire, trop candide dans sa brutalité, confronté à la ruse des hommes dépeint une fois de plus sur un jour peu glorieux. <br>Ce bon sauvage, témoin des temps passé, berger de ses troupeaux, solitaire et amer, voit d’un bon œil l’arrivée des hommes mais la communication n’est pas aisée, surtout lorsque le rapport de force est aussi déséquilibré. <br>Polyphème en victime, pourrira sur une falaise en regardant ses tortionnaires prendre le large. Les hommes s’en tirent toujours semble-t-il.<br>Ou <em>presque</em>, car l’on oublierait leur escale sur le territoire des Lotophages, cette communauté matriarcale qui a réduit les hommes en esclavage, proclamant leur indépendance du joug masculin, castrant symboliquement et concrètement ceux qui pillent, tuent, violent et mutilent. <br>L’homme n’est pas un héros, c’est un oppresseur. <br>Toujours en fuite, on tombera successivement sur un une île recouverte de neige et sur un port étrangement vidée de toute vie. <br>Et des géants, bien sûr. Sans oublier des Dieux assassins. <br>Ces derniers occupent une place de choix dans l’œuvre, mais pas comme on l’entend. Ici, on entend leurs rires sanguinaires et l’on constate leur indifférence au sort des hommes. Impitoyables et cruels, à l’image de ces petites créatures qui ont pris les armes contre Troie des années plus tôt. <br>L’homme ressemble décidément à ses créateurs.</p><blockquote>« Quel dieu pervers et fou m’a donné ces visions ? […] <br>Et que dois-je en conclure ? »</blockquote><p>Comme Conan avant lui, Ulysse n’est plus le héros qu’il était par le passé. <br>En lieu et place du chef incontesté, on trouve un général dans le doute, peu à peu rongé par ses actes et par son errance qui n’en finit pas. <br>C’est le manque de Pénélope, la fureur des Dieux, l’impossible des cieux. <br>Ulysse n’est plus grand mais faillible, il n’est plus rusé mais trahi. <br>C’est là toute la différence dans la vision de <strong>Laurent Mantese</strong>, montrer le héros par le travers, en l’humanisant et en le faisant chuter. <br>Pourtant, il reste toujours quelque chose de supérieur. Par les compagnons les plus fidèles, par la sagesse qui subsiste, par l’envie d’arriver au terme de son voyage. <br>Dans <a href="https://justaword.fr/la-sonde-et-la-taille-chef-d%C5%93uvre-de-fantasy-barbare-358a46bd84df"><strong>La Sonde et la Taille</strong></a>, le corps de Conan le trahissait alors que pour <strong>Ithaque</strong>, ce sont l’esprit et les dieux, le lent désespoir d’un homme qui perd son talent, son pouvoir, la confiance des autres. <br>Pour magnifier son Ulysse, <strong>Mantese </strong>regarde ailleurs. Les frères d’armes qui sombrent peu à peu, qui meurent pitoyables. Il regarde le courage à l’aune de l’autre, l’honneur quand tous n’en veulent plus. <br>Ce qui impressionne dans <strong>Ithaque</strong>, c’est la façon de tordre le mythe pour le rendre plus crûment réaliste mais aussi plus impactant sur le plan humain. Devant la faillite, l’empathie. <br>Comme toujours, l’ensemble tend vers le crépuscule. Il n’y a pas d’espoir ou si peu dans <strong>Ithaque</strong>. Perdu sur des mers étranges, les hommes d’Ulysse foncent droit vers Hadès, rencontrant les monstres à même de punir leur arrogance et leurs excès. <br>Reste alors cette langue, encore et toujours flamboyante, qui ne fait pas l’erreur de l’excès, qui sait se sortir du bourbier de l’hommage pour trouver sa voie, en imprimant le rythme long et interminable des phrases qui chavirent. <strong>Laurent Mantese</strong> écrit comme un moine fébrile, disséquant chaque recoin du voyage et de l’esprit, regardant alentour avant d’aller de l’avant. Le tout forme quelque chose de littérairement écrasant mais de parfaitement adapté au récit, comme une offrande aux Dieux, peu importe que vous n’en sortiez jamais.<br>La fin de ce premier volume retombe dans le cauchemar. <br>Ulysse est loin d’avoir retrouver Ithaque et Pénélope. <br>Les Dieux rient. <br>Et cela semble juste.</p><figure><img alt="" src="https://cdn-images-1.medium.com/max/700/1*tdSzdMquZDPekDsgpV1xyw.jpeg" /></figure><h4>Premier volet d’un diptyque ambitieux, Ithaque est la relecture cruelle et brutale d’une Odyssée qui chavire. Laurent Mantese regarde le héros et l’épique autrement, plus durement mais aussi plus justement. <br>Un grand roman, encore. En attendant la suite.</h4><h4>Note : 9.5/10</h4><img src="https://medium.com/_/stat?event=post.clientViewed&referrerSource=full_rss&postId=72b68dfe9308" width="1" height="1" alt=""><hr><p><a href="https://justaword.fr/ithaque-lodyss%C3%A9e-aux-enfers-72b68dfe9308">Ithaque : L’Odyssée aux enfers</a> was originally published in <a href="https://justaword.fr">Just A Word</a> on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.</p>]]></content:encoded>
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